Les œuvres monumentales et la fâcheuse envie des pouvoirs publics de pouvoir s’en débarrasser : le cylindre à totos de Jofo

LE CYLINDRE A LA POUBELLE ?

A Bordeaux, on a eu Montesquieu, Montaigne et Mauriac. Hyper classe. Et aujourd’hui de qui peut on se vanter d’avoir un lien avec la cité bordelaise ? Ils sont toujours très nombreux, en arts plastiques, en littérature, en musique : Bordeaux est loin d’être ridicule en terme de « nid d’artistes »… Juridiquement, il n’y a pas d’œuvres au dessus des autres : si on peut choisir de communiquer sur certaines plus que sur d’autres, de juger de la qualité artistique de l’une ou de l’autre, on ne peut pas préserver les unes et jeter les autres. On ne se permettrait pas de jeter une édition originale de Montesquieu, c’est pareil pour les autres. Qu’on trouve joli ou pas, ce n’est pas la question. On ne fait pas deux poids deux mesures avec la loi.

Parmi les artistes bordelais, Jofo.
Il a exposé dans de nombreuses galeries, ses peintures font l’objet de très nombreuses acquisitions en France et à l’étranger. Aujourd’hui, il se trouve dans une situation « délicate » avec la Mairie de Paris et le GIE (groupement d’intérêt économique) du Forum des Halles qui ne savent pas bien ce qu’ils vont faire de sa gigantesque installation des Halles.

En 1995, « le cylindre à totos » est inauguré à Paris, en réponse à la commande artistique du GIE du Forum des Halles dans le cadre de l’opération « Paris-ci, par là ».
Ludique et pop, le jeu qui consiste à trouver parmi les 220 totos « celui qui te ressemble le plus » devient au fil du temps une œuvre d’art incontournable au cœur de la capitale. L’œuvre toute en noir et blanc de jofo est pensée en accord avec son environnement : les rondeurs bicolores des bâtiments de Vasconi et Pencréac’h. La galerie des portraits de Jofo, située sur la place haute du Forum, contribue alors à changer un tant soi peu l’image négative de ce grand centre commercial peu apprécié des parisiens mais très prisé des franciliens et des touristes.

2012 : Rénovation du quartier des Halles
L’actuel Forum va disparaître pour laisser place à la future Canopée de Berger et Anziutti. Toute la partie émergée des Halles, où se trouve le « cylindre à Totos », sera remplacée par cet édifice aux formes courbes d’inspiration végétale. En attendant cet envol, le « Cylindre à Jofo » trône pour quelques semaines encore, au beau milieu des gravas des pavillons détruits.
Déjà, Jofo était entré en procédure au cours de l’année 2005 contre le GIE du Forum des Halles pour exiger un entretien et une rénovation de son œuvre.

Au service communication de la ville de Paris, on explique gentiment : « Pour l’heure, nous nous soucions d’autres œuvres qui vont devoir être déménagées beaucoup plus vite. Mais nous allons bien sûr nous rapprocher de M. Jofo pour en parler avec lui. La question est de savoir à qui appartient aujourd’hui cette œuvre qui se trouve, de par sa situation, sur le domaine public ».

Erreur, la question n’est absolument pas de savoir qui est le propriétaire. L’œuvre peut être propriété de l’État, de la commune de Paris ou de n’importe qui, le droit interdit la destruction d’une œuvre si ce n’est par la volonté de son auteur. Aux États-Unis, c’est différent, mais nous ne sommes pas en Amérique. En France, le droit moral est inaliénable et perpétuel. Quand bien même l’œuvre tombe dans le domaine public (et ce, 70 ans après le décès de l’auteur), le droit moral perdure.

«La préservation de l’œuvre c’est, avant toute chose, le droit pour l’auteur de ne pas voir sa création détruite. Cette exigence première garantit à l’auteur la permanence de son œuvre sans laquelle il serait vain de prétendre assurer un quelconque respect. La préservation, peut-être faudrait-il parler de pérennité, conduit à rechercher absolument une certaine permanence de la forme de l’œuvre. Pour cela, il faut considérer que la forme est sauve si elle existe de façon à être communicable » (1)

L’auteur est le seul à pouvoir décider du sort de l’œuvre et à vouloir ce qu’elle doit être.
Et aux vues des nombreuses affaires sur le sujet, il est incroyable de voir la bataille à laquelle se livre l’État pour défendre chanteurs, compositeurs, musiciens (maisons de disque?) en luttant contre le téléchargement illégal et parallèlement sortir des âneries sur la conservation d’une sculpture…

Quel sera l’avenir du cylindre des totos ?

On ne sait toujours pas. Sera-t-il voué à la destruction dans l’indifférence générale ?
La plus emblématique des œuvres de Jofo ne fait pas parti du futur projet des Halles, soit, mais que va-t-elle devenir ? Jofo a imaginé des solutions, plus improbables les unes que les autres.
Il pense aujourd’hui porter l’affaire en justice pour faire défendre ses droits.

(1) S. GREGOIRE, JurisClasseur Propriété littéraire et artistique, Fasc. 1213 : PROPRIÉTÉ LITTÉRAIRE ET ARTISTIQUE . – Exercice des droits des auteurs . – Droit moral. Droit au respect (CPI, art. L. 121-1), n°76 qui qualifie l’hypothèse d’ « improbable ».

L’avenir du cylindre vu par Jofo :

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Comments
One Response to “Les œuvres monumentales et la fâcheuse envie des pouvoirs publics de pouvoir s’en débarrasser : le cylindre à totos de Jofo”
  1. Anonyme dit :

    Bonjour,

    Je suis heureux de faire le premier commentaire de cet article… et bizarrement étonné que personne n’est réagit avant !

    J’ai comme l’impression d’un déjà vu ? La politique actuelle aurait-elle tendance a expulser ses artistes pour un oui ou un non ..

    En tout état de cause, il semblerait que la mairie de Paris ne respecte pas le « droit à l’intégrité » de l’oeuvre de Jofo. Et ceci étant un droit inaliénable, la commune se doit de reverser à l’artiste un préjudice lié au respect de l’intégrité de l’oeuvre.

    L’oeuvre ayant été conçut pour ce lieu, il faudrait que les architectes réintègre cette oeuvre dans le lieu. Ce qui n’exclut pas le droit à l’intégrité durant le temps long de ces travaux ^^

    et je suppose aussi « le droit à la parternité », car si l’oeuvre se trouve cernée par un chantier, alors le nom même de l’artiste en est négligé.

    Les droits d’auteurs sont des notions pour lesquelles les artistes se sont battus pendant des années pour les faire reconnaitre comme des lois dans notre pays (merci au SNAP ^^), maintenant baisser les bras sur ces points serait une erreure et un abus des pouvoirs publics.

    Il reste encore la solution à la mairie de Paris de revendre cette oeuvre, en reversant à l’artiste ces « droits de suite ». et oui à chaque fois qu’une oeuvre est revendu l’artiste doit toucher un pourcentage de la re-vente.

    Voilà certainement le soucis qu’a la commune de Paris a traiter.

    Mais pourquoi donc la mairie de Paris fait-elle traîner les choses ? Le budget culturel annuel de Paris doit avoisiner le milliard…, ce ne doit pas être un problème pour eux pourtant…

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