Un Livre Blanc qui interroge notre ville : à quoi sert la culture ?

noubliezpas

Des notes en marge par dizaines, des mots entourés, trois fois, des points, en veux-tu d’interrogation, en voilà d’exclamation à tous les paragraphes. C’est ce qui me reste d’une première lecture de l’introduction et de ce qui fait la synthèse du livre blanc du CODES « Quelle ambition culturelle pour Bordeaux à l’horizon 2030 ? ».

Pourtant, j’avais vraiment envie d’être agréablement surprise. Mais de la même manière que les humoristes politiques se disent comblés d’avoir eu pendant 5 ans leur travail mâché par un Sarkozy, la ville de Bordeaux ne complique pas la tache des observateurs critiques de la politique culturelle.

Avant toute chose, la lecture du « livre » relève de la punition, d’un point de vue littéraire, c’est tout à fait indigeste. On s’interroge : est-il réellement fait pour être lu,  par qui et pourquoi ? Apparemment, le CODES (Conseil du développement économique et social de la ville de Bordeaux), présidé par Jacques Valade, s’adresse à Alain Juppé.

Monsieur le maire, afin de vous éviter de perdre votre temps que j’imagine précieux, je vous propose donc quelques notes sur ma lecture de cet ouvrage.

Tout d’abord, ne vous y trompez pas, ce livre rose, appelé blanc, est en fait un livre d’or, comme vous devez en voir dans les hôtels, où les gens notent quelques lignes, qu’ils veulent plutôt sympas, sur le lieu de leurs vacances. Il y a toujours quelques grincheux, mais rien de bien méchant.

Le sujet, c’est la culture dans 20 ans. Pourquoi pas aujourd’hui me direz-vous, depuis le temps que vous payez des équipes pour bosser sur le sujet.. ? Eux, pas moins malins que des collégiens à la langue bien pendue, nous répondent dès l’intro que la consigne c’était 2030, ils ont donc du « résister à la tentation » de nous donner des éclairages sur la situation actuelle.

Ne vous fiez pas aux premières lignes, « ce Livre Blanc se veut différent des autres », vous êtes un vieux loup de la politique, vous savez qu’ils ne pouvaient évidemment pas écrire que, comme tous les livres blancs, les idées de ces quelques acteurs culturels ne serviront à rien. En plus, Ducassou aurait dirigé le projet, on aurait pu croire que la culture avait un chef de navire à Bordeaux mais comme c’est Marie-Laure Hubert Nasser (directrice de la communication à la ville de Bordeaux) qui s’en est occupée, les bordelais vont sûrement se douter qu’il s’agit d’un plan com’…

La culture d’ailleurs, n’est pas annoncée comme une fin mais comme un moyen : « (…) la question que pose le Livre Blanc : en quoi la culture permet-elle de servir l’ambition de Métropole européenne que poursuit Bordeaux, à l’horizon 2030 ?». La culture, ce vaste sujet qui fait l’objet d’un livre blanc, n’est pas un investissement vain monsieur le maire, un retour sur investissement est tout à fait possible. D’abord, et c’est important, en terme pécuniaires, grâce au tourisme : il me semble que ce point est très important, c’est pourquoi les mots « Bordeaux et international » sont employés de manière presque répétitive dans le texte. Ensuite, ils ont l’air d’y croire encore, la culture sert le social.

Par rapport à cette idée de justifier la culture par son utilité, j’aimerais quand même vous mettre en garde, puisque nous parlons de 2030, essayons d’imaginer un tant soit peu l’avenir. Une petite phrase nous indique (toujours dans l’introduction) qu’en raison du numérique et des nouvelles technologies, des écarts pourraient se creuser entre les populations sur le plan culturel. Puisque le sujet des NTIC est abordé, l’omniprésence du digital que nous célébrons en ce moment à Bordeaux nous a amené depuis quelques années à réfléchir sur la disparition des temps morts. Ces temps morts, qui peuvent être de l’ennui, semblent ne servir à rien et sont pourtant utiles, au développement personnel, à la réflexion…etc…

Pourquoi ne pas se permettre de considérer la culture de la même manière, comme une action, un moment qui prendrait des airs d’inutilité. On pourrait imaginer que la culture pourrait, parfois, ne servir à rien. Je lis un livre que j’oublie immédiatement, je vais voir une exposition qui ne m’apporte rien. Je pourrais penser que j’ai payé pour rien, pourtant, en tant que consommateur culturel, je ne suis pas dans l’attente d’un résultat de mon action culturelle. Pas encore…

Revenons au livre blanc, à ce processus participatif, ce mouvement citoyen pour la culture. Une synthèse tente de faire le point sur les apports des uns et des autres mais ce livre est un exemple frappant de la manière dont est dirigée la culture à Bordeaux. Nous avons là des gens, des acteurs culturels de près ou de loin (voire très loin), avec plus ou moins de talents et d’intelligence mais avec une envie manifeste de faire qui ont participé à un projet. De la dynamique de ces individus, ce livre estampillé mairie de Bordeaux aurait pu en tirer le meilleur pour établir un réel travail sur ce que pourrait être la culture dans la ville. Les qualités des uns et des autres auraient pu être agrégées pour porter ne serait-ce qu’une idée…

Malheureusement, ce qui aurait pu aboutir à une force créatrice ne relève pas d’un simple travail en communication. Vous connaissez la plupart des gens qui ont participé à ce livre et reconnaissez leur valeur, leur discours n’a pas changé. On ne peut cependant pas s’empêcher de se demander quel est le rôle des institutions qui devraient chapeauter cette énergie... Empiler des textes et ajouter une note de synthèse indigeste me semble plus que léger pour intituler l’ouvrage sur les ambitions culturelles de Bordeaux…

Comments
3 Responses to “Un Livre Blanc qui interroge notre ville : à quoi sert la culture ?”
  1. Bravo pour ce courage qui vous aura permis de gravir cet édifiant édifice dont les fondations sont coulées dans l’inanité (pour ce qui a vaguement trait à la culture) et le foutage de gueule (pour les 9/10ème du doc qui voudrait nous faire avaler des couleuvres).
    Je m’étais gardé dans un coin ce mail avec en pièce jointe cette « maquette de livre blanc » pour lui défoncer méthodiquement la gueule plus tard.
    Vous vous en êtes chargé en douceur mais sans ambigüité.

  2. Martha Sauser dit :

    Voici l’analyse la plus pertinente (en tout cas dans les analyses rendues publiques) de ce navrant Livre Blanc de la ville de Bordeaux.

    Le grand souci dans le débat qui anime les acteurs culturels de Bordeaux, c’est que nombre d’entre eux sont, de fait, dépendant de la municipalité. Non pas que cette dernière investisse à tel point dans le secteur que l’ensemble des acteurs en soient dépendants, mais tout simplement car elle érige toute proposition culturelle comme étant partie intégrante de ses services municipaux (ce qui au passage est plutôt un paradoxe de la part d’une municipalité « de droite »): musées municipaux, biennale municipale, Bordeaux ma ville, Bordeaux culture, tout passe au crible du cabinet du maire dans uen volonté normative. Quelle preuve de diversité et d’ouverture…

    Le devoir de réserve des fonctionnaires, ainsi que la peur du bâton empêche toute discussion ouverte sur le sujet. On se retrouve de fait, avec des contribution lénifiantes, des débats inexistants, et une travail de « communication » qui fait office de proposition constructive. On en rirait s’il ne s’agissait pas d’un enjeu de développement urbain important.

    Bravo à vous donc, je suis acquise à votre argumentaire,
    Martha.

  3. Dutertre le Poncin hélène dit :

    Bravo!!!

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